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RETRAITE : LES INJUSTICES ECHAPPENT AUX REFORMES

25/04/2014

C’est le sujet traité dans l'article de Michel Godet ci-dessous, publié dans le magazine du mois de mars (n°79) d’AGIPI, partenaire d’AXA.

Les retraites par répartition, pour être sauvées, ont besoin de nouvelles réformes.

Il y aura plus de retraités, il faudra donc plus de jeunes et de seniors en emploi pour financer les retraites et allonger la durée de l’activité.

Si l’on joue sur ces paramètres avec l’insertion précoce des jeunes ainsi que sur l’allongement de l’âge de départ effectif à la retraite, on peut faire remonter fortement le ratio cotisants en emploi/nombre de pensionnés de droits directs. Ce ratio qui était de 1.7 en 2011 pourrait tomber à 1.6 en 2020 ou remonter à plus 1.9 dans une hypothèse de remise de la France au travail. Il faudra bien sortir par le haut des 35 heures et du débat sur les retraites en instaurant un système à points et à horloge : 70 000 heures de travail et de cotisations au cours d’une vie (42 ans x 1650 heures). Avec des surcotes et décotes pour ceux qui travaillent plus ou moins. En attendant cette réforme systémique, les projections au fil de l’eau sont inquiétantes : le déficit estimé est de 20 milliards d’euros pour 2020 avec des hypothèses de croissance et de chômage très optimistes. La poursuite des tendances récentes conduirait plutôt à un déficit double soit 40 milliards d’euros !

 Que faire pour éviter ces déficits, sans brider la croissance ou rogner le pouvoir d’achat ? La réponse avancée par les économistes de Coe-Rexecode est claire : « Parmi les trois leviers disponibles pour viser l’équilibre financier (hausse des cotisations, gel des pensions, recul de l’âge de départ à la retraite), seul celui de l’âge a un impact clairement positif à moyen terme sur la croissance et l’emploi ».

L’Etat est faible avec les forts et fort avec les faibles. La réformette de l’été 2013 n’a pas touché aux injustices les plus criantes de notre système de retraite. Ce sont donc les travailleurs du privé et les familles moyennes et aisées avec enfants qui vont payer, notamment les familles nombreuses qui dès 2014 verront le bonus de retraite de 10% devenir imposable. Il est pourtant normal que ceux qui ont élevé des enfants et donc des futurs cotisants soient récompensés pour cela.

Les inégalités de distribution entre les régimes de retraites (privés, publics, spéciaux, agricole) sont particulièrement criantes. Le privé, avec plus de la moitié des ayants droits (55%), profite de moins de la moitié des prestations légales vieillesse et veuvage (49%). L’écart de 6% est d’autant plus significatif que cette catégorie représente plus des deux-tiers des cotisants. Les moins bien lotis sont les bénéficiaires du régime vieillesse agricole (17% des ayants droit mais seulement 7% des pensions versées), soit autant que les régimes spéciaux qui sont quatre fois moins nombreux. Le plus inquiétant pour l’avenir est le régime des fonctionnaires qui avec 13% des ayants droits compte pour 32% des pensions versées. Les fonctionnaires vont partir à la retraite et les montants ne sont pas provisionnés.

Si l’on s’intéresse à ce que perçoit en moyenne chaque bénéficiaire de chaque régime, les inégalités sont encore plus frappantes d’après le COR : « le montant moyen des pensions pour les carrières complètes s’élevait (en 2008) à 1910 euros pour les fonctionnaires et les régimes spéciaux, 1520 euros pour les salariés du secteur privé, 820 euros pour les non-salariés » (rapport de janvier 2013).

Comment faire pour que la réforme s’impose sans susciter une levée de boucliers de la part des privilégiés du système actuel ? Comme le relevait Georges Elgozy : « Seules sont injustes, les inégalités dont on ne profite pas ! ». Et il est tentant de dire : ne changeons rien à nos régimes spéciaux qui font partie de notre héritage social. Avec le même raisonnement, on n’aurait jamais aboli les privilèges de la noblesse en 1789 !

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